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et le midazolam

Où en sommes-nous dans l’affaire du midazolam?

Mardi 12 novembre 2019, 6 h du matin.
J’allais prendre mon petit déjeuner avant de monter à la maison médicale, quand on sonne à la porte. L’obscurité laisse entrevoir une escouade de gendarmes en civil venant me signifier ma garde à vue. Il m’est reproché d’avoir administré du midazolam à des patients en fin de vie, pratique qui a permis à mes patients de dormir la nuit – et à leurs proches d’avoir ainsi des moments de répit. Le midazolam est à juste titre le produit de référence en soins palliatifs car justement il permet au malade de se réveiller, dans une sédation temporaire. Les autres somnifères et tranquillisants disponibles n’ont absolument pas cette maniabilité et cette innocuité. Le midazolam était de diffusion hospitalière, pour des raisons médico-légales et non pour quelque dangerosité, et j’avais la chance de pouvoir en obtenir par mon épouse, anesthésiste. Je m’en servais ainsi depuis plus de 20 ans quand soudain, alors que ma pratique et mon engagement en soins palliatifs étaient reconnus, une lettre de dénonciation fut envoyée au Procureur.
Le cours de la Justice étant ce qu’il est, mon épouse et moi sommes toujours en examen. Des expertises ont été demandées, à des médecins légistes, et reviennent au compte-goutte. Les médecins légistes sont bien loin de la pratique du soin palliatif. Une première contre-expertise est revenue, concluant :
« On peut affirmer sans arrière-pensée aucune que la mort de XX est liée à l’évolution terminale de sa pathologie et en aucun cas à la prescription de Midazolam; Durogésic ou Morphine, médicaments administrés de façon appropriée à XX pour soulager ses symptômes de fin de vie.
Nous répondons de manière certaine que le décès de cette patiente a été causé par l’évolution terminale de sa maladie. Les traitements prescrits semblent adaptés aux symptômes de la patiente et à ce stade de la maladie. »
Nous attendons d’autres expertises et contre-expertises, mais mon attitude de médecin accompagnant dans le soin palliatif a toujours été la même ; j’ai eu la chance d’être bien formé, assistant déjà en 1990 au premier congrès de l’Association Européenne de Soins Palliatifs. L’accompagnement des malades en fin de vie est une respiration et un tempo profondément nécessaires à la médecine, qui malheureusement aujourd’hui n’est pas reconnue et manque de bras.
En résumé, le feuilleton continue. Au moins après trois mois d’inactivité forcée, avons-nous pu être autorisés à retravailler. Soutenu par mes patients, j’ai bien réalisé à quel point le travail est une valeur supérieure à l’argent : j’avais mis en eux mon capital travail, beaucoup me l’ont rendu avec intérêts et gentillesse.

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit…

Supplique pour être enterré à la plage de Sète – Chanson de Georges Brassens